Au regard de l’urgence climatique couplée aux crises sanitaires à répétition de ces 30 dernières années, la transition agroécologique de l’agriculture est devenue une impérieuse nécessité, cela tant pour l’environnement que pour la société en général et pour les agriculteurs eux-mêmes.

 Le pari de la relocalisation d’une production alimentaire, pourvoyeuse d’emplois est gagnable, à condition de faire le choix assumé d’une transformation de la formation initiale et continue et de son financement. A défaut, les futures générations d’agriculteurs et ceux, qui aujourd’hui engagent  leur reconversion, ne seront pas en capacité d’incarner un nouveau modèle de production. Sachant que sous 10 ans, ce ne sont pas moins d’un tiers des agriculteurs qui seront partis à la retraite !

 L’agroécologie, c’est aussi un retour de l’emploi agricole. Le nombre d’actifs dans le secteur agricole est passé de 957 000 en 2000 à 716 000 en 2015 et il continue à chuter dramatiquement. Or la transformation agroécologique du modèle agricole telle que prévue dans le scénario Afterres2050 par exemple, projette un solde net de 150 000 emplois dans quinze prochaines années sur l’ensemble de la chaîne agro-alimentaire. D’ores et déjà l’agriculture biologique crée des emplois : 49 200 entre 2012 et 2017 (source Ministère).

 Les établissements agricoles publics, leurs exploitations et leurs ateliers technologiques doivent, en plus des campagnes de communication ministérielles utiles, impérativement pouvoir disposer des moyens suffisants pour accueillir de nouveaux élèves, étudiants, apprentis, stagiaires adultes et être pleinement en capacité de remplir leur mission d’outils publics de formation, au service du développement d’une agriculture agroécologique et territoriale, qu’elle soit rurale, urbaine ou périurbaine.

 La demande sociétale est là, reste maintenant, au-delà des slogans, à accompagner comme il se doit un monde agricole qui ne demande pas mieux que de vivre à nouveau de son travail. Le temps presse, « au nom de la terre », de retrouver le sens premier du beau métier de paysan, celui « qui habite le pays », qui y vit, qui s’occupe des travaux de la terre et qui façonne son environnement (et indirectement le paysage) par ses différents prélèvements, apports, aménagements, et plantations. Fort d’une « chaîne du savoir », le paysan a la faculté de créer un ensemble d’outils, de bâtiments, de cheptels viables pour lui, sa famille et in fine pour la société.

Ces paysans, soucieux de transmettre un patrimoine commun aux générations futures, sont probablement plus « modernes » que ceux qui persistent à être des « entrepreneurs agricoles », tenants d’une agriculture industrialisée  qui parvient de moins en moins à offrir un revenu décent aux agriculteurs et à repousser les limites sociales et écologiques qu’elle a elle-même engendrées. Une agriculture alternative, clairement inspirée de principes écologiques cohérents, existe. Cette agriculture est aussi citoyenne et territoriale, non délocalisable et de qualité. Elle recrée des relations de proximité avec le consommateur, réinvente les solidarités locales et participe à la vie du « pays ».

 Les paysans,  plus que tout autre groupe social, contribuent au bon fonctionnement de la biosphère. Une tâche qui nécessite l’appui de l’ensemble de la société. C’est d’un projet politique global dont nous avons besoin afin de soutenir les agricultures paysannes et familiales qui ne constituent, pour l’heure, que des solutions locales à un désordre global – comme le rappelle Coline Serreau dans son documentaire de 2010, Solutions locales pour un désordre global.

 L’agriculture de demain est  une agriculture éthique, à l’écoute des demandes citoyennes, respectueuse des écosystèmes, de l’homme et de l’animal, résiliente face aux changements climatiques et source de richesses pour les territoires. Une agriculture où les paysans y retrouvent une place centrale, la fierté de nourrir les citoyens tout en respectant la Nature. L’urgence est donc d’amorcer une transition agricole ambitieuse, en s’attelant au renouvellement des actifs agricoles.

 Pourtant dans le cadre du Projet de Loi de Finances 2020, le schéma de suppression d’emplois 2019-2022 dans l’enseignement agricole est en passe d’être confirmé ! 2018 fût une année sans aucune création de postes. Elle fait suite à cinq ans de rétablissement partiel après sept années de destruction de plus de 1200 postes. La rentrée 2019 s’inscrit dans une tendance baissière (-50 emplois) derrière laquelle se joue le bon fonctionnement des établissements et la capacité à assurer un enseignement public de qualité.

 Il est de la responsabilité de la représentation nationale de garantir les moyens publics nécessaires pour réinstaller des paysans, leur redonner de l’autonomie, de la valeur ajoutée sur les fermes, du lien social et un « savoir-faire » qui valorise les « services environnementaux » offert par la Nature. La « première pierre » à l’édifice d’un modèle agroécologique réside dans la formation des générations à venir et l’accompagnement de ceux et celles qui cultivent, élèvent, nourrissent et ont décidé de revoir profondément leurs pratiques en misant sur la qualité, sur la conversion au bio.

Cette tribune est un appel que nous, conseillers/ères régionaux/ales, lançons aux député.e.s et sénateurs/trices en charge des choix budgétaires de notre pays, par-delà les clivages partisans. À l’heure où les effectifs de cette rentrée repartent à la hausse (avec plus de 750 élèves et étudiants), nous demandons le renforcement des emplois dans l’enseignement agricole public, celui-ci relevant de l’intérêt général.

Tribune à l’initiative de Charles Fournier (Centre-Val de Loire) et Sophie Bringuy (Pays de la Loire),  co-animateurs de la coordination des élus régionaux écologistes

Les signataires : Anne-Marie Almoster-Rodrigues (Nouvelle-Aquitaine), Dominique Amiard (Pays de la Loire), Tania André (Centre-Val de Loire), Geneviève Barat (Nouvelle-Aquitaine), Julien Bayou (Ile-de-France), Frédéric Beatse (Pays de la Loire) Anne-Laure Bedu (Nouvelle-Aquitaine), Maryline Beyris (Nouvelle-Aquitaine), Olivier Biencourt (Pays de la Loire), Benoît Biteau (Nouvelle-Aquitaine), Boris Bouchet (Auvergne-Rhone-Alpes), Katia Bourdin (Nouvelle-Aquitaine), Sophie Bringuy (Pays de la Loire),Céline Brulin (Normandie),  Judith Carmona (Occitanie), Patrick Cases (Occitanie), Christophe Cathus (Nouvelle-Aquitaine), Florence Cerbaï (Auvergne-Rhône-Alpes), Jean-Pierre Charles-Guimpier (Centre-Val de Loire), Jean-Claude Charrier (Pays de la Loire), Pierre Cheret (Nouvelle-Aquitaine), Christophe Clergeau (Pays de la Loire), Cyril Cibert (Nouvelle-Aquitaine), Delphine Coat-Prou (Pays de la Loire), Estelle Cochard (Centre-Val de Loire), Maryse Combres (Nouvelle-Aquitaine), Éric Correia (Nouvelle-Aquitaine), Jean-Jacques Corsan (Nouvelle-Aquitaine), Nicolas Cossange (Occitanie), Monique Cosson (Auvergne-Rhône-Alpes), Thierry Cotelle (Occitanie), Françoise Coutant (Nouvelle-Aquitaine), Christelle de Crémiers (Centre-Val de Loire), Guillaume Cros (Occitanie), Joël Crotté (Centre-Val de Loire), Cécile Cukierman (Auvergne-Rhone-Alpes), François Damerval (Ile-de-France), Raphaël Debû (Auvergne-Rhône-Alpes) Nathalie Delcouderc-Juillard (Nouvelle-Aquitaine), Benjamin Delrieux (Nouvelle-Aquitaine), Sandrine Derville (Nouvelle-aquitaine), Maurice-Claude Deshayes (Nouvelle-Aquitaine),  Christophe Dougé (Pays de la Loire), Pascal Duforestel (Nouvelle-Aquitaine), François Dufour (Normandie), Christian Dumas (Centre-Val de Loire), Emilie Dutoya (Nouvelle-Aquitaine), Lucie Etonno (Pays de la Loire), Benoît Faucheux (Centre-Val de Loire), Vincent Feltesse (Nouvelle-Aquitaine), Charles Fournier (Centre-Val de Loire), Nathalie Franck (Nouvelle-Aquitaine), Lionel Frel (Nouvelle-Aquitaine), Catherine Fromage (Auvergne-Rhône-Alpes), Pierre Froustey (Nouvelle-Aquitaine), Sylvie Fuchs (Ile-de-France), Nicolas Gamache (Nouvelle-Aquitaine), Isabelle Gaudron (Centre-Val de Loire), Béatrice Gendreau (Nouvelle-Aquitaine), Anne Gerard (Nouvelle-Aquitaine), Jean-Luc Gibelin (Occitanie), Charles Girardin (Centre-Val de Loire), Marie-Hélène Girodet (Pays de Loire), Vanessa Ghiati (Ile-de-France), Marie-Jeanne Gobert (Normandie),  Jean-Philippe Grand (Centre-Val de Loire), Yolande Guindle (Occitanie), Maï Haeffelin (Pays de la Loire), Sabrina Hamadi (Centre-Val de Loire), Laurence Harribey (Nouvelle-Aquitaine), Mathieu Hazouard (Nouvelle-Aquitaine), Lydia Heraud (Nouvelle-Aquitaine), Gilles Houdouin (Normandie), Stéphane Ibarra (Pays de la Loire), François Jacquart (Auvergne-Rhône-Alpes) William Jacquilliard (Nouvelle-Aquitaine), Michel Jallamion (Ile-de-France), Anne-Claire Jarry-Bouabid (Ile-de-France), Élisabeth Jutel (Nouvelle-Aquitaine), Jean-Charles Kohlhaas (Auvergne-Rhône-Alpes), Hella Kribi-Romdhane (Ile-de-France), Myriam Laïdouni-Denis (Auvergne-Rhône-Alpes), Annie Lahmer (Ile-de-France), Sandrine Laffore (Nouvelle-Aquitaine), Denis La Mache (Pays de la Loire), Gisèle Lamarque (Nouvelle-Aquitaine), Agnès Langevine (Occitanie), Nathalie Lanzin (Nouvelle-Aquitaine), Tarik Laouani (Nouvelle-Aquitaine), Patrice Laurent (Nouvelle-Aquitaine), Alice Leiciagueçahar (Nouvelle-Aquitaine), Jean-Pierre Le Scornet (Pays de la Loire), Viviane Lopez (Pays de Loire), Violaine Lucas (Pays de Loire), Céline Malaisé (Ile-de-France), Myriam Martin (Occitanie), Carine Menage (Pays de la Loire), Didier Mignot (Ile-de-France), Christine Moebs (Nouvelle-Aquitaine), Guillaume Molierac (Nouvelle-Aquitaine), Léonore Moncond’huy (Nouvelle-Aquitaine), Claire Monod (Ile-de-France), Bénédicte Monville (Ile-de-France), Guy Moreau (Nouvelle-Aquitaine), Corinne Morel-Darleux (Auvergne-Rhône-Alpes), Laurence Motoman (Nouvelle-Aquitaine), Joachim Moyse (Normandie), Laure Nayache (Nouvelle-Aquitaine), Gérard Nicaud (Centre-Val de Loire), Franck Nicolon (Pays de la Loire), Gérard Onesta (Occitanie), Jérôme Orvain (Nouvelle-Aquitaine), Mumine Ozsoy (Nouvelle-Aquitaine), Jean-Louis Pagès (Nouvelle-Aquitaine), Thierry Perreau (Nouvelle-Aquitaine), Marie Piqué (Occitanie), Jean-Pierre Reynaud (Nouvelle-Aquitaine), Laurence Rouede (Nouvelle-Aquitaine), Michelle Rivet (Centre-Val de Loire), Corinne Rufet (Ile-de-France), Jean-Michel Ruiz (Ile-de-France), Henri Sabarot (Nouvelle-Aquitaine), Muriel Sabourin-Benelhad (Nouvelle-Aquitaine), Andde Sainte-Marie (Nouvelle-Aquitaine), Laëtitia Sanchez (Normandie), Roseline Sarkissian (Ile-de-France), Dominique Satgé (Occitanie), Mounir Satouri (Ile-de-France), Jean-Christophe Sellin (Occitanie), Pascale Semet (Auvergne-Rhône-Alpes) Ghislaine Senée (Ile-de-France), Guilhem Serieys (Occitanie), Pierre Serne (Ile-de-France), Maryline Simone (Nouvelle-Aquitaine), Serge Sore (Nouvelle-Aquitaine), Ina Sy (Pays de Loire), Alix Tery-Verbe (Centre-Val de Loire), Éric Thouzeau (Pays de Loire), Benoît Tirant (Nouvelle-Aquitaine), Nathalie Trapy (Nouvelle-Aquitaine), Sandrine Tricot-Daguet (Centre-Val de Loire), Stéphane Trifiletti (Nouvelle-Aquitaine), Bernard Uthurry (Nouvelle-Aquitaine), Véronique Vinet (Occitanie), Thierry Violland (Pays de Loire), Patrice Voir (Auvergne-Rhône-Alpes), Mireille Volpato (Nouvelle-Aquitaine), Reine-Marie Waszak (Nouvelle-Aquitaine)

Tribune publiée par le journal Libération le 12 avril 2019, dans la rubrique « Idées »

Les mots sur la transition agro-écologique ne suffisent pas, cette année encore près de 62 000 tonnes de pesticides ont été pulvérisées dans les campagnes françaises… Une révolution des pratiques agricoles doit commencer dès la période d’apprentissage.

 

Le Salon de l’Agriculture 2019 a fermé ses portes il y a quelques semaines. Une fois de plus pour celui ou celle qui aura traversé les allées du Parc des expositions l’impression est que le bio et le « vert » sont partout. A tel point que l’on se demande s’il existe encore une « agriculture conventionnelle ».

Le Ministre de l’Agriculture en clôture du 56ème Salon de l’Agriculture confirme d’ailleurs ce sentiment en affirmant que la « transition agro-écologique de l’agriculture est en route et qu’elle est irréversible »… et ceci pour la simple raison que la société l’exige.

Mais les faits sont têtus et les chiffres implacables. La simple communication ou l’auto-persuasion, si tant est qu’elle soit sincère, ne suffiront pas à transformer la réalité. Cette année encore ce sont près de 62 000 tonnes de pesticides qui auront été pulvérisées dans les campagnes françaises (dont 8 000 tonnes de glyphosate) avec une utilisation à la hausse en 2017 qui fait s’éloigner un peu plus encore l’objectif d’une baisse de 25 % de leur utilisation en 2020.

Pour l’agriculture biologique, si les chiffres martelés montrent une réelle progression, ils concernent avant tout le marché (7 milliards d’euros, soit + 1 milliard en 2017). Car même si on constate une progression des surfaces en bio, celles-ci ne représentent à ce jour que 1,7 millions d’hectares, soit à peine 6,5 % de la surface agricole utile (SAU), et avec des variations très importantes en fonction des régionsrégions et des cultures. Avec une progression de seulement 15 % des surfaces par an, là encore l’objectif, pourtant très mesuré, du gouvernement de 15 % de la SAU en bio en 2022 semble d’ores et déjà compromis. Et ce ne sont certainement pas les difficultés que rencontrent les producteurs bio pour obtenir les aides financières publiques, qui contribueront à donner l’impulsion nécessaire.

Malgré l’urgence pour réduire les pollutions de l’eau, de l’air, de la faune et des populations (aux pesticides et aux nitrates), la dégradation des terres arables (érosion physique, chimique et biologique), la perte de biodiversité qui s’accélère de façon alarmante, les causes du changement climatique, etc., ces quelques chiffres montrent un renoncement politique à la prise en compte des défis auxquels il nous revient pourtant de répondre collectivement et urgemment. De renoncement en renoncement, un changement radical des pratiques agricoles est dorénavant un impératif mais une partie de la profession semble encore vouloir se voiler la face, les lobbies des firmes agricoles et alimentaires n’ayant quant à eux aucunement l’intention de renoncer.

Ces évolutions indispensables des modes de production agricole nécessitent une prise de conscience collective, une réelle volonté politique d’accompagnement et d’investissements dans tous les domaines supports de cette transition nécessaire, notamment ceux de la Recherche et de la Formation et du Développement..

Concernant le domaine clé de la Formation, lors du Salon de l’Agriculture, le Gouvernement a lancé une grande campagne de promotion de l’Enseignement Agricole. Pourtant, derrière cette façade se cache une autre réalité, celle du désinvestissement des pouvoirs publics sur l’Éducation et la Formation, un désinvestissement qui ne joue pas en faveur des conditions d’apprentissage confortées dans les établissements publics agricoles et par suite du développement durable que notre société appelle pourtant de ses vœux –  » marches pour le climat  » à l’appui !

D’abord en renvoyant aux seules branches professionnelles le financement et la gestion des contenus de la formation professionnelle, le gouvernement, au travers de la loi « Liberté de choisir son avenir professionnel », semble considérer que les titres et diplômes de demain ne devront répondre qu’aux seuls intérêts des professionnels. Il abandonne l’idée que la formation relève aussi de l’intérêt public et que la puissance publique doit assurer une représentation pluraliste dans les choix et orientation des formations et des métiers de demain. Ainsi, la commission professionnelle consultative (CPC) de l’Agriculture, chargée de l’évolution des diplômes et des formations, fonctionnait jusqu’à aujourd’hui avec l’ensemble des acteur.rices de l’Enseignement Agricole (professionnel.les, parents, enseignant.es, usagers, …). Demain, seuls la FNSEAFNSEAFédération nationale de syndicats d’exploitants agricoles et l’UNEP pèseront au sein de cette commission, avec les orientations que l’on sait.

Ensuite en réduisant les contenus et la professionnalisation des formations au travers de la réforme de la voie professionnelle et paradoxalement dans le même temps en dégradant la formation générale au travers de la réforme du Baccalauréat, le gouvernement s’attaque aux capacités des futur.es agriculteur.rices et des futur.es technicien.nes du secteur de relever les défis qui se présenteront à eux et elles, et de s’adapter aux évolutions nécessaires de leur environnement professionnel. Comment imaginer, dans ce cadre dégradé, une mobilisation pour faire bouger le monde agricole vers davantage d’agro-écologie ? Ainsi, le retrait de l’agronomie du Bac Général dispensé dans les établissements agricoles est contradictoire avec les enjeux du développement durable, alors que cette discipline est à la base de la compréhension des systèmes de culture.

En tendant à réduire l’Enseignement Professionnel à la seule satisfaction des besoins économiques, en plaçant la formation initiale par apprentissage dans le cadre d’un marché concurrentiel en particulier et en réduisant drastiquement les moyens pour l’Enseignement Agricole Public en général, le gouvernement fragilise, par la reprise des suppressions d’emplois dans l’Éducation, les établissements publics et favorise de fait les structures privées, comme les CFACFACentre de Formation d’Apprentis interentreprises qui commencent à se multiplier. Cette libéralisation de la Formation, qui est en fait le « faux-nez » de la privatisation, fait peser sur elle les risques d’un lobbying encore renforcé. Les contre-réformes en cours et la baisse des moyens programmée pousseront les établissements à chercher des financements extérieurs et notamment ceux provenant des firmes phytopharmaceutiques, des industries agroalimentaires ou encore de la grande distribution.

Enfin, la réorganisation brutale – déjà très contestée – de l’Enseignement Supérieur Public et de la Recherche, relevant du Ministère de l’Agriculture, ne fera qu’aggraver la situation.

Promouvoir une agriculture qui permette demain notre souveraineté alimentaire tout en garantissant la préservation de l’environnement comme de la santé des populations, passe assurément par le maintien et le développement d’un Enseignement Agricole Public présent sur l’ensemble du territoire, mandaté pour porter cette révolution agro-écologique nécessaire, avec des exploitations et des ateliers technologiques dotés en conséquence. Nous sommes plus que jamais « à la croisée des chemins » et la représentation nationale doit prendre toute la mesure des décisions budgétaires triennales qui s’annoncent en regard d’établissements agricoles « à taille humaine », performants, mais déjà fragilisés dans le cadre du budget 2019… Les enjeux sociétaux sont majeurs et abaisser l’outil public d’enseignement et de formation agricole initiale, comme continue, serait une faute historique, sachant que nous ne pourrons pas nous contenter d’un simple ravalement de façade. Ce sont les fondations qu’il est nécessaire de conforter pour assurer cet avenir, et cela ne peut passer que par un renforcement volontariste et assumé comme tel de l’Enseignement Agricole Public.

 

 

Les signataires :

  • Eric ANDRIEU (Député Européen)
  • Gérard ASCHIERI (Membre du CESE au titre de la FSUFSUFédération Syndicale Unitaire)
  • Karine AULIER (Représentante de la FCPEFCPEFédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques pour l’Enseignement agricole)
  • José BOVE (Député européen)
  • Françoise BRIAND (Secrétaire générale FCPE)
  • Marie BUISSON (Secrétaire Générale Ferc-CGTCGTConfédération générale du travail)
  • André CHASSAIGNE (Député du Puy de Dôme)
  • Pierre CHERET (Conseiller régional Nouvelle Aquitaine)
  • Gilles CLEMENT (Paysagiste, botaniste, biologiste, écrivain)
  • Étienne DAVODEAU (Auteur de bande dessinée)
  • Elsa FAUCILLON (Députée des Hauts de Seine)
  • Jean-Luc FICHET (Sénateur du Finistère)
  • Sylvie FILIPEDASILVA (Co-Secrétaire Général CGT-Agri)
  • Sigrid GERARDIN (Co-Secrétaire générale Snuep-FSU)
  • Guillaume GONTARD (Sénateur de l’Isère)
  • Bernadette GROISON (Secrétaire Générale FSU)
  • Sylvie GUILLOU (Secrétaire nationale Snuitam-FSU)
  • Jocelyne HACQUEMAND (Secrétaire Générale Fnaf-CGT)
  • Joël LABBE (Sénateur du Morbihan)
  • Françoise LABORDE (Sénatrice de la Haute-Garonne)
  • Michel LARIVE (Député de l’Ariège)
  • Jean Marie LE BOITEUX (Secrétaire Général Snetap-FSU)
  • Laurent LEVARD (Agro-économiste – Co-animateur Agriculture et Alimentation de la FI)
  • Laurence LYONNAIS (Agent de développement local, candidate FI aux élections européennes)
  • Myriam MARTIN (Conseillère régionale Occitanie)
  • Philippe MARTINEZ (Secrétaire Général CGT)
  • Pierre OUZOULIAS (Sénateur des Hauts de Seine)
  • Roger PERRET (Membre de la commission agricole du COCT – Fnaf CGT)
  • Laurent PINATEL (Porte parole Confédération Paysanne)
  • Dominique PLIHON (Porte parole ATTAC)
  • Christian PRAT (Chercheur en sciences du sol, IRD)
  • Loïc PRUD’HOMME (Député de la Gironde)
  • Marie-Monique ROBIN (Journaliste, réalisatrice et écrivaine)
  • Eve SAYMARD (Agronome, accompagnatrice à l’installation / transmission agricole)
  • Stéphane TRIFILETTI (Conseiller régional Nouvelle Aquitaine)
  • Aurélie TROUVE (Enseignante-chercheuse AgroParisTech)
  • Paul VANNIER (Co-responsable du livret éducation de la France insoumise)
  • Thomas VAUCOULEUR (Co-Secrétaire Général CGT-Agri)
  • Michèle VICTORY (Députée de l’Ardèche)
  • Jean ZIEGLER (Vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies)

Pour changer de modèle, pour une agriculture relocalisée et paysanne. Texte collectif .

L’agriculture est aujourd’hui en crise. En France, en Europe et ailleurs, le productivisme s’est accompagné d’un effondrement de l’emploi agricole, de la baisse des revenus des producteurs et de graves préjudices environnementaux et sanitaires.

Dans les pays en développement, un milliard de personnes souffrent de la faim, dont l’essentiel sont des petits paysans qui n’arrivent pas à vivre de leurs revenus. Les politiques libérales tentent d’imposer partout une concentration de l’agriculture sous le pouvoir de gros propriétaires et de multinationales de l’agro-industrie.

En Europe, pour « rester compétitif », réforme après réforme, la PAC a favorisé l’élimination des exploitations familiales, tout en favorisant la concentration des outils de production au service d’une alimentation industrielle et de la malbouffe. En France, un vaste plan social qui n’en porte pas le nom guette les producteurs et plus globalement l’élevage français… Le diagnostic est connu, démantèlement des outils de régulation, libéralisation des marchés, dumping social, concentration de l’agriculture au profit des géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Faute d’affronter le sujet de prix agricoles rémunérateurs, comme celui des travailleurs détachés en Europe, les mesures gouvernementales n’auront été qu’incantatoires !

C’est donc vers un autre chemin, celui du progrès humain, de l’appropriation sociale des biens communs, qu’il faut faire route et avec courage. Face aux défis est posée l’émergence d’un nouveau mode de développement social et écologique. Notre combat est celui de la souveraineté alimentaire. Pour répondre au défi climatique, un nouveau modèle agricole, rémunérateur pour les travailleurs, doit promouvoir la valorisation, la transformation et la vente au plus près des consommateurs. En France, repenser le territoire est devenu indispensable. À l’inverse des logiques capitalistes actuelles qui concentrent et marginalisent, la ruralité doit devenir attractive. Il est urgent de réinvestir les départements ruraux en faisant le pari de l’agriculture paysanne, de la pêche artisanale, de l’artisanat et du développement des savoir-faire. Le déploiement de services publics au service des territoires et populations en est la condition. Après les suppressions massives d’emplois survenues sous la présidence Sarkozy, il était impératif pour notre Comité permanent de défense et de développement de l’enseignement agricole public, mis en place dans cette période d’assèchement méthodique, que la priorité soit clairement redonnée aux établissements publics agricoles.

Or force est de constater que les moyens demeurent encore insuffisants et que les pratiques de gestion de la pénurie se sont poursuivies sans prise en compte des besoins réels, avec le maintien des plafonnements d’effectifs, des ouvertures de classes très réduites, des options facultatives non financées… et le tout au détriment de la dimension pédagogique à l’image du refus de la direction générale de l’enseignement et de la recherche (DGER) d’expérimenter un parcours en quatre ans pour les élèves de la voie professionnelle en ayant le plus besoin.

Sortir de cette impasse est une nécessité plus grande encore à l’heure où la crise agricole n’a jamais été aussi vive et la promotion de nouveaux modèles de production respectueux de l’environnement aussi urgente. L’enseignement agricole public (EAP), fort de ses exploitations agricoles et de ses trois voies de formation, est seul à même de porter des politiques publiques audacieuses en faveur d’une formation professionnelle et technologique au service d’une agriculture relocalisée et paysanne. Cela nécessite que les freins au développement de l’enseignement agricole public, notamment en termes de moyens, soient levés dans le cadre du budget 2017, tant en regard de la demande des familles que des enjeux de société. L’EAP doit donc avoir les moyens de ses missions, dont la première d’entre elles reste de garantir l’égal accès à la formation de tous et toutes pour la réussite de tous et toutes.

Nous avons la conviction que nous ne pourrons porter collectivement un autre modèle d’agriculture, respectueux de l’environnement, au service des territoires et des citoyennes et citoyens, qu’en donnant un nouveau souffle, un nouvel élan à l’enseignement agricole public. Il est plus que temps de porter et d’assumer politiquement cette priorité.

 

 

LES PREMIERS SIGNATAIRES

Gérard Aschieri, représentant de la FSU au CESE, José Bové, député européen Verts/ALE, Céline Brulin, conseillère régionale PCF de Normandie, conseillère municipale de Bolbec, Pierre Chéret, conseiller régional PS Nouvelle Aquitaine et conseiller municipal de Pau, Xavier Compain, responsable national PCF agriculture, pêche, forêt, Éric Coquerel, coordinateur du Parti de gauche, Jérôme Dammerey, cosecrétaire général Snuep-FSU, Martine Faure, députée PS de Gironde, Muriel Filippi, secrétaire générale du Syac-CGT, Charles Fournier, vice-président EELV du conseil régional Centre-Val de Loire, Marie-Jeanne Gobert, conseillère régionale PCF Normandie, conseillère municipale de Caen, Brigitte Gonthier-Maurin, sénatrice PCF des Hauts-de-Seine, Bernadette Groison, secrétaire générale FSU, Jocelyne Hacquemand, secrétaire fédérale Fnaf-CGT, Gilles Houdouoin, conseiller régional de Normandie Front de gauche, Sébastien Jumel, maire PCF de Dieppe, conseiller régional de Normandie, Pierre Laurent, secrétaire national PCF et sénateur, Jean-Marie Le Boiteux, secrétaire général du Snetap-FSU, Noël Mamère, député EELV de Gironde, maire de Bègles, Jean-Luc Mélenchon, député européen PG, Jean Mouzat, président du Modef, Liliana Moyano, présidente de la FCPE, Roger Perret, Fnaf-CGT, Laurent Pinatel, porte-parole national de la Confédération paysanne, Michelle Rivet, vice-présidente EELV du conseil régional Centre-Val de Loire, Ève Saymard, coresponsable agriculture du PG, Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac.

L’enseignement agricole, mal connu du grand public, probablement parce qu’il se trouve structurellement isolé de l’éducation nationale, est pourtant une composante importante du système éducatif français. Pour ceux qui se penchent sur ses spécificités, nombreuses sont les qualités qui lui sont pourtant reconnues.

La présence dans les établissements d’enseignement agricole de formations relevant à la fois de la voie générale (seconde générale, baccalauréat scientifique, classes de 4° ou 3°), et des voies technologique et professionnelle permet ainsi de faire tendre vers un même objectif éducatif plusieurs attentes sociales. De même, sa capacité à mettre en œuvre dans les mêmes établissements publics plusieurs modalités de formation (scolaire, par apprentissage ou pour adultes) constitue une réponse pertinente aux besoins de la société.

De plus, les établissements d’enseignement agricole, en particulier publics, ont été parmi les premiers à interpeller la société sur la nécessité de mettre en œuvre de nouvelles pratiques agricoles et d’autres modes d’organisation sociale, afin de faire vivre, au-delà des mots, la notion de développement durable.

Toutes les études et tous les rapports portant sur l’enseignement agricole, depuis ses 163 ans d’existence, lui reconnaissent comme éléments positifs, ses taux d’insertion professionnelle importants (plus de 90% en moyenne), mais aussi son rôle d’enseignement alternatif par rapport à l’éducation nationale, qui permet de répondre aux attentes de certains élèves, qui sans cela en viendraient à être exclus du système scolaire, et qui trouvent ainsi leur voie dans des établissements à taille humaine et proposant nombre d’activités pratiques (présence sur le site d’exploitations agricoles, d’ateliers technologiques,…), culturelles et sociales (avec notamment l’éducation socio-culturelle, spécificité de l’enseignement agricole, et une association sportive scolaire très souvent dynamique).

Le maintien de l’activité des territoires ruraux, dont l’animation et le développement sont inscrits dans ses missions, doit également beaucoup à l’enseignement agricole.

Pourtant depuis plusieurs années, l’enseignement agricole public est victime d’un traitement paradoxal et inique. Si sa qualité et sa capacité d’innovation pédagogique et d’insertion scolaire comme professionnelle font l’unanimité, les budgets successifs portés par la majorité présidentielle conduisent progressivement à son assèchement pur et simple. Ainsi 200 classes ont été fermées en 5 ans.

Stratégie d’assèchement méthodique qui va se poursuivre en 2011 puisqu’un nouveau cycle de suppressions d’emplois s’engage – au moins une centaine de postes dans le seul enseignement public – et ce alors même que le point de rupture est déjà atteint comme le reconnaissent aujourd’hui tous les rapporteurs budgétaires des bancs du Sénat comme de l’Assemblée nationale. Comment les établissements vont-ils continuer à fonctionner demain ? Cette situation est intenable pour les équipes, pour les élèves et leurs familles. A chaque rentrée, par centaines, des élèves sont refusés dans l’enseignement agricole public ; à chaque rentrée, ce sont en moyenne deux sites qui sont rayés de la carte laissant apparaitre de véritables déserts scolaires en milieu rural. Il faut mettre fin à cette équation infernale qui veut que moins d’enseignants engendre moins d’élèves pour un coût par élève finalement de plus en plus élevé. Et cesser la politique du double jeu, qui veut qu’une année on tienne des assises de l’enseignement public et le gouvernement annonce un moratoire sur les suppressions de postes, et la suivante celui-ci continue de sacrifier cet outil comme si de rien n’était.

Cette stratégie n’est certes pas propre à l’enseignement agricole public, en ce qu’elle découle directement de la politique de fond portée par la droite de casser l’outil d’enseignement public. Mais ses répercussions sont d’autant plus brutales, que l’enseignement agricole public, du fait de sa modeste taille – moins d’une académie moyenne de l’éducation nationale, en termes de personnels et d’élèves – a du mal à être identifié au sein de l’enseignement secondaire et supérieur, ses combats trouvant ainsi moins d’écho.

Pourtant, des élus à l’ensemble des professionnels concernés par l’enseignement agricole (du monde agricole, de la forêt, de l’aménagement…), la mobilisation dans nos territoires devrait être générale pour défendre et promouvoir cet enseignement sans attendre des fermetures d’établissements en nombre, conséquence inévitable, tôt ou tard, si cette politique d’assèchement n’est pas révélée au grand jour et contrée.

C’est pourquoi, le comité permanent de défense et de développement de l’enseignement agricole public, qui a vu le jour en 2009, a décidé d’organiser une tournée en région des établissements, véritable opération-vérité de la dégradation du service public d’enseignement agricole qui marquera tout le mois d’avril et débutera en Midi-Pyrénées avec le lycée de Toulouse-Auzeville.

SIGNATAIRES :

Martine Billard, Marie-Christine Blandin, Bernadette Bourzai, Marie Bové, Dominique Bucchini, Serge Chabrol, André Chassaigne, Pierre Chéret, Philippe Collin, Xavier Compain, Jean-Marc Coppola, Louis Dilasser, Henri Emmanuelli, Alain Fauconnier, Martine Faure, Jean-Luc Fichet, Jean Glavany, Brigitte Gonthier-Maurin, Bernadette Groison, Pierre Laurent, Jean-Marie Le Boiteux, Laurent Levard, Noël Mamère, Jean-Luc Mélenchon, Jacques Muller, Germinal Peiro, Roger Perret, Christian Picquet, François Toubin.

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Martine Billard, co-présidente du Parti de Gauche, Députée de Paris

Marie-Christine Blandin, Sénatrice Verte du Nord (Nord-Pas-de-Calais)

Bernadette Bourzai, Sénatrice PS de Corrèze

Marie Bové, Conseillère Régionale Europe Ecologie Les Verts (Aquitaine)

Dominique Bucchini, PC – Front de Gauche  Président de l’Assemblée de Corse

Serge Chabrol, Secrétaire Général du SNEP-FSU

André Chassaigne, Député-maire PC de Saint-Amant-Roche-Savine, Puy-de-Dôme, vice-président du Conseil Régional (Auvergne)

Pierre Chéret, maire d’Auga, Premier secrétaire de la Fédération PS des Pyrénées-Atlantiques, Conseiller Régional d’Aquitaine

Philippe Collin, Porte Parole de la Confédération Paysanne, céréalier (Bourgogne)

Xavier Compain, Responsable Agriculture, Pêche, Forêt au Conseil National du PCF

Jean Marc Coppola PC-Front de Gauche, Vice Président Conseil Régional PACA

Louis Dilasser, Secrétaire général du SYAC-CGT

Henri Emmanuelli, ancien Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’économie, des finances et du budget, chargé du budget et de la consommation, Député PS, Président du Conseil Général des Landes (Aquitaine)

Alain Fauconnier, Sénateur-maire PS de Saint Affrique, Aveyron (Midi-Pyrénées)

Martine Faure, Députée PS, Conseillère Générale de Gironde (Aquitaine)

Jean-Luc Fichet, Sénateur-maire PS de Lanmeur, Conseiller Général du Finistère (Bretagne)

Jean Glavany, ancien Ministre de l’agriculture et de la pêche, Député PS des Hautes-Pyrénées (Midi-Pyrénées)

Brigitte Gonthier-Maurin, Sénatrice des Hauts-de-Seine (Ile-de-France), Groupe CRC-SPG

Bernadette Groison, Secrétaire Générale de la FSU

Pierre Laurent, Secrétaire Général du PCF

Jean-Marie Le Boiteux, Secrétaire Général du SNETAP-FSU

Laurent Levard, Président de la commission Agriculture du Parti de Gauche

Noël Mamère, Député-maire Vert de Bègles, Gironde (Aquitaine)

Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de Gauche, Député européen

Jacques Muller, IPEC, ex-sénateur Vert du Haut-Rhin (Alsace)

 Germinal Peiro, Député-maire PS de Castelnaud-la-Chapelle, Conseiller Général de Dordogne (Aquitaine)

Roger Perret, Secrétaire National de la FNAF-CGT

Christian Picquet, Porte parole de Gauche Unitaire

François Toubin, secrétaire national du SYGMA-FSU

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